31.10.2007

A l'assaut des idées reçues

   

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Et si les fortifications pouvaient constituer un outil grandeur nature de réinsertion sociale, de réappropriation de leur cité par ses habitants, un élément urbanistique fondamental et cesser d'être vastes friches abandonnées et carcan de briques et de grès étouffant… Cette réflexion ambitieuse, c'est celle qui a été initié sur le terrain des villes fortifiés du Nord-Pas-de-Calais au début des années 1980… Oui, vous savez ces terres hostiles au-delà de toute civilisation où le soleil a depuis longtemps renoncé à lutter contre de louds nuages omniprésents, de sombres terrils marquant les horizons là où ailleurs ce rôle est tenu par de charmantes et bucoliques églises romanes… Car c'est bien connu, le Hainaut, les Flandres, l'Avesnois peut-être même, sans autre forme de procès, ne sont que friches industrielles depuis le premier jour de la Création… J'ai bien tenté de ramener à la raison quelques Bourguignons (le Bourguignon, le vrai !, lui vit dans un mythe enivrant où se cotoye dans un joyeux fatras, Philippe le Hardi, les hospices de Beaune et la certitude, que dis-je le postulat irréfragable, de produire les meilleurs vins du monde…)… avec un succès je l'avoue assez limité… D'une certaine manière, c'est tant mieux… Comme j'ai eu, il y a quelques mois, l'opportunité de l'expliquer à un éditeur bourguignon ne pouvant retenir sa stupeur face à une révélation aussi violente  ("Mais tu vas faire quoi là-bas" sur un ton confinant tout à la fois à la pitié et à l'ironie) lorque j'ai osé lui avouer prendre le risque (vous vous rendez compte en plein mois d'août, c'est de la folie !) de passer une semaine entre Ardennes et Boulonnais, cette image de marque me met mathématiquement dans la probabilité, voyons le côté positif de la chose, de croiser moins de touristes déb…, disons de profiter plus sereinement des lieux. C'est promis désormais je cesse crier sur tous les toits que la cathédrale de Laon constitue un modèle d'équilibre gothique et que Montreuil-sur-Mer n'a pas à rougir face à Carcassonne… Il ne manquerait plus que je devienne persuasif et que les Bourgugnons comprennent soudain que la capitale de leur duché était au moins tout autant Lille (alors, le Banquet du faisan en 1454, c'était où ? A Dijon ?) que Dijon ! Toujours est-il que pour ce qui concerne le patrimoine fortifié, la région Nord-Pas-de-Calais a joué les précurseurs… L'équation était relativement simple : que faire de ces espaces considérables, sorte de no man's land indéfini à la périphérie du cœur urbain. Les mettre en valeur pardi ! A coups de chantiers-écoles, les courtines et bastions du Quesnoy se sont extirpés de la gangue de végétation qui les étouffait… La tâche est immense mais le miracle a opéré… Les villes du Septentrion y ont à la fois trouvé attractivité touristique, élément fédérant de leur urbanisme et symbole fort de la cohésion régionale… Je ne suis pas certain que la Bourgogne puisse se targuer de posséder de Sens à Mâcon et de Nevers à Dijon un lien architectural aussi puissant lui permettant non plus de défendre mais d'affirmer son identité… L'Histoire est parfois cruelle.   
 
 
 
 
 

25.10.2007

Gardien du temple…

 

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Tricentenaire de la mort de Sébastien Le Prestre oblige, célèbre ingénieur militaire au point, mais n'en est-il pas ainsi dans tous les domaines, d'éclipser ses prédécesseurs, ses contemporains voire même ses successeurs, mieux connu sous le nom de Vauban, il était quasiment naturel pour moi d'inaugurer ce blog par l'évocation de l'œuvre architectural hors de proportion que nous a légué cet inlassable bâtisseur sur les frontières de l'Hexagone comme autant d'étoiles de pierre déployant toujours leurs bastions et leurs courtines pour mieux délimiter trois siècles plus tard les frontières de la France du Roi-Soleil. Placide, m'offrant son meilleur profil, ce héron lillois pouvait-il imaginer il y a encore quelques jours qu'il passerait à la postérité ? En tout cas, il nous fournit la preuve éclatante que les ensembles fortifiés ne sont en vérité pas, ou plus en tout cas, des espaces dédiés uniquement à la guerre… Plus que tout autre ce patrimoine devait pour survivre réussir sa reconversion… Réussir à quitter l'état de guerre, de siège, raison même de sa création et de sa conception, pour s'adapter à la paix, se faire accepter pour autre chose. Car en architecture qu'il y a-t-il de plus inutile une fois devenu obsolète ou inadapté à son temps qu'une fortification au sens large, château fort médiéval ou citadelle bastionnée…