11.11.2007

Patrimoine en crise, patrimoine en devenir

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Tel est le thème retenu par le dynamique Centre international d'études des patrimoines culturels du Charolais-Brionnais (www.cep.charolais-brionnais.net) à l'occasion des Journées d'études de Saint-Christophe-en-Brionnais organisées les 24 et 25 novembre prochains. Durant deux jours, conférences et visites commentées sur le terrain tenteront de mesurer les difficultés de la conservation du patrimoine et de réfléchir à ses enjeux futurs. Car il ne faut pas nous leurrer, le patrimoine bâti ne constitue pas, hormis peut-être à l'occasion des Journées du patrimoine ?, aujourd'hui un enjeu de société. Pour cela, il faudrait comme me l'a glissé à l'oreille un technicien de la Drac Bourgogne que le patrimoine puisse défiler dans les rues, exercer pression sur nos édiles et le grand public… En l'espèce, on peut considérer que le château de Versailles et les cathédrales gothiques, tel l'arbre cachant la forêt, cachent un immmense et humble monde de pierres, jalonnant discrètement, incarnant également, si je puis dire, l'identité de chacun de nos "pays". Un monde d'autant plus en souffrance qu'il éprouve de plus en plus de difficultés à légitimer son existence. Sans doute pouvons-nous incriminer un système éducatif où l'histoirte de l'art n'a guère sa place. Avec pour conséquence directe, des jugements à l'emporte-pièce "Le pognon qu'on met pour ces tas de cailloux c'est une honte" ou des horreurs lues régulièrement dans la presse (La Gazette de Côte-d'Or pour la citer, j'y reviendrai dans une prochaine note…) où dans un éditorial récent le rédacteur en chef, sans doute épris de modernisme, nous explique assez maladroitement que le patrimoine c'est bien gentil mais quand ça gêne il faut savoir détruire (référence était faite à la destruction du château de Dijon à la fin du XIXe siècle dont les vestiges avaient d'ailleurs été classés avant de perdre cette protection pour "permettre" une disparition définitive de cet empêcheur de bâtir en béton). En somme, faut-il voir dans les "défenseurs du patrimoine" de dangereux romantiques freinant "l'indispensable progrès" ? Sûrement pas… Car assurément la valeur ajoutée patrimoniale, pour employer des terminologies contemporaines, relève plus du subjectif que de l'objectif. A près de deux décennies de distance, je garde parfaitement en mémoire ce souvenir d'une visite guidée que j'encadrai absolument mémorable… Alors guide-conférenceir pour la ville de Cambrai, je recevai ce matin-là des retraités CGT d'une entreprise sidérurgique régionale… Les propos de mes "auditeurs" relevaient d'ue rhétorique totalement inédite pour moi… "Y a des rupins ichi, ça sent l'oseille" "Y' a des fleurs partout, ch'maire y n'a des moyens…" Tout cela tenait de l'anecdote bon enfant jusquà l'heure de se dire au revoir… L'œil sombre, la mine figée par la solennité de l'instant, la sanction fut prononcée en quelques mots, sonnant telle une excommunication ou une condamnation définitive comme à la grande époque des purges staliniennes. "C'est une honte, durant deux heures, vous n'avez pas cessé de salir la Révolution (française tout de même) avec vos propos complaisants sur les curés… Nous allons écrire au maire !" Le verdict, sans appel, me laissa songeur… Mais par quel stratagème malicieux avais-je pu déclencher un tel courroux de la part de cet individu à l'esprit manifestement fort ouvert ? Mon seul tort aura été de rappeler que depuis la Révolution de 1789 le visage de Cambrai, son parcellaire, a irrémédiablement et avec force été modifié… Eglises et chapelles ont été abattues sans vergogne, au nom certes de principes peut-être louables, cachant malheureusement des intérêts bassement mercantiles. Qu'il faille regretter la disparition intégrale de la cathédrale gothique de cette cité du Nord, cela ne relève pas d'un sentiment contre-révolutionnaire exacerbé… seulement d'un regret sur le plan architectural d'autant que celle qui était surnommée par les voyageurs Merveille des Flandres mis un demi-siècle a agonisé, convertie qu'elle fut par quelques "entrepreneurs éclairés" en une carrière de pierres ô combien rentable… En m'exprimant ainsi, je m'étais donc fait le suppôt des oppresseurs… Preuve de nouveau apportée qu'en matière patrimoniale, rien n'est jamais acquis, qu'il nous faut battre la campagne, toujours sensibiliser. A travers le prisme des interventions d'Anelise Nicolier (Restaurer le patrimoine roman en Brionnais : l'exemple des deux églises de Semur-en-Brionnais), de Luc Jolivel (Le prieré clunisien de La Charité-sur-Loire, le devenir d'un monument au cœur de la Cité), de Pierre Durix (Les fortifications des Alpes : abandons et reprises), également des visites sur le terrain programmées le dimanche en matinée, il s'agira bien dans un contexte de mutations du monde rural profondes combinées à de tout aussi inquiétantes restrictions budgétaires, d'analyser à la lumière des expériences de chacun une situation préoccupante. Quand les fidèles cessent de fréquenter certaines églises rurales (mon pourfendeur de la superstition me pardonnera, s'il vient à lire cette note, dans son infime bonté, cette nouvelle référence au religieux…), celles-ci perdent leur fonction cultuelle, leur raison d'être, la question de leur conservation (pourquoi ? comment ?) se posant rapidement. Il en va de même de l'immense variété des constructions rurales, reflets de pratiques disparues, expressions émouvantes et fondamentales de nos multiples terroirs, indaptées aux exigences modernes de production… Il sera donc rassurant de constater lors de ces deux journées que des solutions existent, peuvent être mises en œuvre, enthousiasme et inventivité pouvant venir pallier au désengagement de certains… Volonté indéfectible et capacité de persuasion sont assurément plus que jamais les meilleurs armes pour défendre et valoriser notre patrimoine commun…  
 
 
 
 
 
 

Commentaires

Quel que soit le domaine de culture, il arrive toujours qu'une bonne âme pose LA question embarrassante : "Mais à quoi ça sert ? " Après tout, c'est vrai, à quoi servent aujourd'hui tous ces livres hauts en couleur exposés au Louvre, sur la Perse ? Alors que des missiles tout neufs judicieusement lancés sur l'Irak sont bien plus utiles sur terre...La beauté n'a plus de place parmi nous, seul l'utile commande notre vie.

Il est difficile d'en vouloir à tous ceux qui pensent ainsi, TF1 et les autres se relayant efficacement...Un seul remède : l'instruction, encore une fois. Et donc l'énergie de ceux qui sont prêts à s'investir.

Hester

Ecrit par : hester | 12.11.2007

bonjour,

Continuez avec ce blog...Je vais vous créer un lien de retour sur notre blog.
A propos du "patrimoine en devenir" et "des hommes et des pierres", je vous invite à une visite virtuelle de l'oeuvre et l'univers de pierre de Gilles Perez sculpteur sur nos sites.
Bonne continuation,
cordialement
B.BARON Administrateur Internet Chemin Fais'ART - Les Pierres qui Marchent.

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Nos sites Internet :
Site :
http://www.lespierresquimarchent.fr
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Site du Sculpteur Gilles Perez :
http://gilles-perez.lespierresquimarchent.fr
Diaporama :
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Ecrit par : Chemin Fais'ART | 13.11.2007

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