24.12.2007
Vauban bâtisseur du Roi-soleil

Fruit d'une coproduction entre la Cité de l'architecture et du patrimoine et le Musée des plans-reliefs, tel est l'intitulé d'une exposition laissant présager la découverte d'un Vauban dans toute la diversité de son œuvre. En effet, alors que s'achève ce qu'il est convenu d'appeler l'année Vauban, celle du tricentenaire de sa mort, et alors que début janvier 2008, nous devrions en savoir un peu plus sur l'état d'avancement d'un probable et mérité classement au titre du Patrimoine mondial de l'Unesco d'une petite quinzaine de sites représentatifs du travail du grand ingénieur militaire de Louis XIV, la personnalité de Vauban a gagné au fil de cette année en clarté et en épaisseur au fil d'expositions et de publications nous prouvant si nécessaire, l'ampleur de pensée de ce hobereau morvandiau… A Mont-Dauphin, le visiteur était invité à se placer dans la peau de l'assaillant devant se défaire des feux ennemis grâce à la reconstitution fort instructive des tranchées d'attaque… Plus au septentrion, sur cette frontière que Vauban n'eût de cesse de matérialiser à coups de bastions et de demi-lunes, son fameux Pré carré, les Archives départementaies du Nord laissaient à découvrir plans et coupes, relevés topographiques, autant de documents haut en couleurs nous laissant percevoir la dimension urbaine de la fortification bastionnée… Sur toutes nos frontières, et même au cœur de notre territoire actuel, à Auxonne par exemple en Côte-d'Or, animations et expositions ont prouvé que les austères places fortes modernes méritaient attention et valorisation. Un esprit chagrin pourrait donc arguer d'un risque de répétition, voire de lassitude…
Il n'en est rien… La personnalité de Vauban, sa pluridisciplinarité, sa curiosité insatiable le poussant à défricher des champs de réflexion plus ou moins éloignés du domaine du strict fortificateur l'explique sans doute. Cette exposition – accessible jusqu'au 5 février prochain et se déployant sur 1500 m² au sein des galeries d’expositions temporaires de la Cité – constitue d'ailleurs sa première exposition d’architecture à caractère patrimonial. L’exposition s’adresse à un large public d’amateurs éclairés, de familles et de scolaires, et à un public spécialisé dans l’architecture et le patrimoine, par la présentation d’objets inédits et d’oeuvres très diverses par leurs techniques et leurs formats : peintures et dessins des conquêtes de Louis XIV par Van der Meulen et son atelier, gravures, médailles, plans-reliefs étrangers et français, instruments de levés de géographes, cartes et plans d’architecture à la plume et rehaussés de lavis, correspondances, maquettes d’architecture, maquettes de villes, maquettes de projets de restauration ou de réutilisation de sites, etc.
Explorant à la fois le domaine de la fortification, de l’urbanisme et de l’architecture, l’exposition entend présenter une vision globale de l’oeuvre de Vauban, lui qui a contrôlé l’aménagement de plus de 160 forts et places fortes et en a construit neuf autres ex-nihilo tout en contribuant à l’aménagement du territoire par la construction de nombreux canaux, ses travaux les plus originaux étant ceux de l’achèvement du Canal du Midi. Elle prend également en compte les réalités historiques du siècle de Louis XIV et s’intéresse à la naissance et à la mise en place des structures administratives et techniques au service de la politique de conquête du Roi-Soleil. Surtout, les enjeux contemporains intéressant le patrimoine militaire de Vauban sont présentés également autour de deux thèmes majeurs : conservation-restauration d’une part et réutilisation d’autre part.
Faire le lien entre le passé et le présent, ouvrir des perspectives sur l'avenir du patrimoine bastionné, tel n'est pas le moindre des mérites de cette exposition dont la dernière partie (l'ensemble s'articulant en cinq chapitres) à travers la thématique « Conservation, restauration et réutilisation », présente huit villes, huit sites géographiques (Avesnes-sur-Helpe, Bayonne, Belle-Île-en-Mer, Briançon, Gravelines, Lille, Maubeuge, Mont-Dauphin) qui constituent tous, à des degrés divers, des exemples de conservation et attestent de réalisations urbaines innovantes, mises en oeuvre pour valoriser ce patrimoine, le réaffecter et l’intégrer à la cité. Ces nouvelles politiques expriment tout l’intérêt et la considération que portent désormais élus et habitants au patrimoine Vauban. La variété des restaurations et des réaffectations ancre résolument l’architecture militaire dans le courant de la modernité, soucieuse de développement durable, d’attention à la nature avec, en outre, cette exigence, clé du succés : que les habitants s’approprient davantage encore ces témoins éloquents d’une architecture, naguère encore, presque entièrement délaissée. En l'espèce, c'est avec un certain optimisme que le visiteur ressort de la Cité de l'architecture. Longtemps en proie au désœuvrement, souffrant de l'image d'espaces militaires rudes et froids, freinant les meilleures volontés en raison de l'immensité de leur emprise au sol, les citadelles et autres places fortes bastionnées semblent en passe de remporter sans coup férir une bataille décisive : celle contre l'oubli et l'inutilité.
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