31.12.2007
Entre ombres et lumière
Ceux qui espéraient avec force le portrait rayonnant (du moins nous faut-il le supputer derrière ses larges verres fumés) de l'incarnation de la République (dont je m'autorise au passage à devancer, privilège plébéien oblige, les vœux…) au bras de sa récente dulcinée pour illustrer ce passage entre deux ans en seront pour leurs frais… Assurément moins racoleur, forcément moins vendeur (je me vois mal faire la "Une" de Paris-Match "grâce" à elle…), mon esprit de contradiction m'a poussé à préférer Saint-Etienne de Bourges à Nicolas de Louxor… Quelle idée !!! Pourtant, preuve que l'on peut éventuellement être prophète en son pays, les pierres de cette cathédrale gothique, au plan unique – une large nef cantonnée de part et d'autre de deux collatéraux et dénuée de transept – et dont le concepteur demeure inconnu, nourrit mon champ de réflexion. Traditionnellement, à l'orée d'ue nouvelle année, l'heure est à réunir les enseignements des mois passés. La conviction était déjà mienne mais 2007 a confirmé qu'aujourd'hui en France, il est possible (souhaitable peut-être), puisque ledit personnage est élevé au panthéon des 101 (sic !) personnalités côte-d'oriennes de l'année par un hebdomadaire local gratuit (ce qui au regard de la pertinence et de la liberté de sa ligne éditoriale est heureux), de considérer ses salariés comme simple outil de travail, de les pousser au rebut selon son bon vouloir le tout sans sourciller, et en le vivant pour le mieux (cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille lorsqu'il m'a un vendredi soir avoué un respect non feinté pour Bernard Tapie…) dans le plus grand mépris des lois élémentaires du Code du travail. Dont acte et d'ailleurs là n'est pas l'essentiel. Ce matin-là, quelques jours avant Noël, un froid cinglant et revigorant m'incitait à gagner la ville de Jacques Cœur. Altière, étirant ses arcs-boutants pour mieux s'extirper de la froideur hivernale, la cathédrale de Bourges émergeait encore diffcilement des brumes hivernales.
En investissant par le portail sud l'immense masse architecturale, je pressentais d'autres enseignements. En ces heures glaciales, le soleil peinait à déchirer le manteau cotonneux… Intimidé par les dimensions extravagantes de ses volumes intérieurs, c'est à pas feutrés que je m'avançais dans les travées encore obscures. Le regard scrutant l'élancement des nervures d'ogives, l'humilité, l'admiration également, m'envahissait. Quels trésors d'ingéniosité et de virtuosité avait-il fallu déployer, à huit siècles de cela, afin de donner sens dans la pierre à la ferveur des bâtisseurs ! Savourant ces instants de temps suspendu, à l'écart du brouhaha de la ville et de ces angoisses matérialistes, je mesurais la force du message délivré à celui qui sait faire montre de curiosité. Dans le clair-obscur du lieu, le rapport forcément de force entre nuit et jour, invitait à l'introspection. Ceux qui ont œuvré ici, taillé les pierres, scellé les clés de voûte, éprouvaient-ils le sentiment de participer à une œuvre dépassant le temps de leur existence ? En laissant vagabonder mon esprit entre travées et triforium je m'offrais un luxe rare : celui de l'émerveillement. Car si notre monde souffre, c'est bien d'abord de désenchantement, de ce septicisme qui fait que rien ne nous émeut plus, hormis grandiloquence et vacuité. Soudain, encore perdu dans mes pensées, mon regard fut attiré au loin. Soudain la lumière s'emparait du chœur, transcendant la pierre, sculptant l'espace… Le soleil prenait possession des lieux. C'est la vie dans son évidence du premier jour qui soudain animait piliers et arcades, pleins et vides. Le déambulatoire révélé, se métamorphosait sous la lumière flamboyante jaillissant des vitraux multicolores des chapelles latérales… Ce moment magique se répète depuis 1220… Inconsciemment, je savais vivre un modeste miracle de ceux que l'on provoque par ce qu'on les ressent. Henri Vincenot a décrit ces instants, cette quête dans Les étoiles de Compostelle, ce sentiment entre deux moments aussi ceux du Grand Meaulnes hésitant entre adolescence et âge adulte. Fugacement, je me remémorais alors d'autres instants miraculeux en l'église d'Arques-la-Bataille un soir d'août 2005. Dans la chiche et vacillante lumière de quelques bougies, trois musiciens, dont la virtuosité ne conférait jamais à la gratuité des effets, illuminaient de leur complicité le chœur de cet édifice, la conversation entre les instruments donnant à Jean-Sebastien Bach une étonnante intemporalité… Insignifiants à l'échelle des temps, signifiants à l'échelle de de nos existences, ces petits miracles nous sont indispensables, émouvant l'âme et nourrissant l'esprit. Puisse cette année naissante vous accorder la chance de vivre ces petits bonheurs…
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Commentaires
De l'ombre à la lumière...
Ce panthéon bourguignon des 101 est un mausolée, et plutôt que de pierres, il est habillé de fausse fourrure de dalmatien dont une récente mythologie américaine leur attribua aussi le nombre de 101.
Aux panthéons et leurs divinités de pacotille, préférons donc les cathédrales et l'élévation spirituelle à laquelle leurs grandisoses mesures nous conduisent.
Ecrit par : Sim | 07.01.2008
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