04.03.2008

Chasseurs d'images

 

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Un lapereau surpris en flagrant délit de nonchalance, semblant baîller aux corneilles, un hérisson adoptant pour domicile improvisé une vieille godasse, un flamant rose s'étirant en ombre chinoise sur un ciel d'azur… Spectacle dépaysant, émouvant à… Saint-Jean-de-Losne ce premier week-end de mars 2008. Car si j'en avais déjà l'intime conviction, ce deuxième salon de la photo animalière organisé aux portes de Dijon m'a renforcé dans certaines de mes convictions. L'espace de quelques heures, j'ai en effet pu côtoyé des passionnés désintéressés, empreints d'une humilité rassurante, désireux de partager. Manifestement, le photographe animalier constitue une espèce à part, loin des égos exacerbés de la profession et des flashs insipides de ceux pour qui appareil photo rime avec avec rentabilité et artiste autoproclamé. La quête est loin de la superficialité de la Croisette et de son tintamarre navrant… Surtout, le photographe animalier semble majoritairement fuir l'esprit de lucre. Etonnant ? Remy Courseaux auquel je m'étais permis d'émettre l'hypothèse qu'il puisse être professionnel, vivre de ses images, me répondit que cela lui semblait inconcevable, la démarche, les contraintes engendrées, le plaisir ressenti devenant autre… Face à mon émerveillement d'éternel gamin, chacun m'a raconté ses secrets… Si comme tout amateur d'images fixes, le photographe animalier se doit évidemment de maîtriser quelques indispensables paramètres techniques, les qualités spécifiques que requiert la pratique relèvent du bon sens, de celles qui font l'honnête homme… La curiosité d'abord, le sens de l'observation ensuite, la patience évidemment, la persérance constante (oh, là c'est pas très dans l'air du temps tout ça…). Surtout, chaque cliché, chaque atmosphère fixée sur le capteur, et encore pour quelques derniers des mohicans sur la pellicule, constitue une histoire en soi. Parfois une attente de plusieurs mois à multiplier les stratagèmes pour réussir à se fondre dans le décor… Là seulement le renardeau daignera pointer son museau à distance acceptable. Car cela fait bien longtemps que les animaux ont appris à identifier l'homme comme un potentiel danger… On les comprendra alors que partout sur la planète l'homo consumeris semble avoir oublié qu'il est avec insectes, poissons et autres mammifères un maillon de la vie sur terre… Animal emblématique de cette sauvagerie de nos semblables, le tigre de Sibérie, félin majestueux, ne cesse de voir ses effectifs fondre comme neige au soleil… Ils seraient "encore" 400 à l'état sauvage… Les braconniers de tous poils en font une cible de choix, véritable eldorado pour criminel : sur le marché noir, sa peau peut se négocier 100 000 euros… trophée rare et d'un goût exquis tandis que la pharmacopée chinoise fait large commerce de griffes de tigre de Sibérie aux vertus… aphrodisiaques ! Logique donc que toute silhouette humaine en position debout incite à la plus grande méfiance. Ainsi selon les régions et tracas subis de mémoire d'animal, celui-ci se montre plus ou mois… "sauvage". En Ecosse, le macareux-moine confiant se laisse approcher à quelques dizaines cde centimètres. Le rêve pour immortaliser la bouille chamarrée de ce craquant volatile… Ne pas croire toutefois qu'il faille partir au bout du monde afin de pratiquer la photo animalière… Simplement redoubler d'ingéniosité ! Ramper plutôt que marcher, construire un affût flottant permettant d'approcher le héron bihoreau (étonné de la présence de ce nouvel élément dans le décor, il ne fera pourtant pas le lien avec l'homme… invisible), il faut, si ce n'est regagner la confiance de la bête, tout du mois que l'homme se fasse oublier. Belle leçon de modestie ! Et puis, parfois, le hasard sourit aux patients. Une biche en bord de champ acceptant de prendre la pose, la silhouette d'un sanglier se découpant dans le couchant au travers d'une trouée forestière… Intense plaisir qu'il faut être prompt à immortaliser. On l'aura compris réussir une photo animalière exige sans doute un peu de chance mais d'abord d'être capable de provoquer les hasards, d'imaginer que tel endroit conviendrait parfaitement au portrait de maître Goupil. Ensuite… Les animaux, comme autant d'acteurs plus ou moins capricieux, seront ou pas au rendez-vous. Le photographe doit pour sa part anticiper la scène, appréhender une belle lumière, déterminer ce cadrage, bref réunir les ingrédients qui feront la belle image… si la rencontre a lieu…  

 

Commentaires

... et avec les animaux,
la rencontre a toujours lieu.

Ecrit par : yann | 06.03.2008

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