21.03.2008
Révélation cinématographique
Un phénomène, une révélation… Pas une journée sans que chaînes télé, radios ou journaux nationaux ne reviennent sur cette surprise rafraîchissante, tentent de comprendre cette ferveur a priori irrationnelle. Il faut dire que les chiffres parlent d'eux-mêmes. De fait, il semblerait que les pronostiqueurs de tous poils envisagent maintenant pour Bienvenue chez les ch'tis d'entrer sans coup férir au panthéon du cinéma français, les douze millions de visiteurs étant d'ores et déjà acquis, le tout en un peu plus de trois semaines d'exploitation, et les dix-sept de La grande vadrouille à portée de ticket de cinéma… Preuve que la réussite commerciale d'un film ne repose pas forcément, en tout cas pas uniquement, sur un "casting de rêve", des effets spéciaux en veux-tu en voilà, le tout appuyé avec force campagne de marketing tous azimuts… Outre un succès que l'on peut qualifier de populaire au sens noble du terme, car vous allez forcément commencer à vous demander où je veux en venir, le phénomène Bienvenue chez les ch'tis semble avoir des effets secondaires inattendus… Ainsi, la petite cité flamande de Bergues, fondée à la jonction des VIIIe et IXe siècles par le comte de Flandres Baudouin II afin de protéger les côtes des incursions récurrentes des Normands, est devenue par la magie du 7ème art un lieu de pélerinage fort fréquenté… Il paraîtrait que certains n'hésitent pas à effectuer plusieurs centaines de kilomètres pour passer de la fiction à la réalité… tandis qu'un boucher du cru a profité de l'opportunité pour créer une nouvelle saucisse, évidemment baptisée Ch'ti biloute, que l'on s'arrache ! Espérons que les curieux de tous poils poussent les investigations au-delà du bâtiment de La Poste… Car si des clichés plus ou moins heureux collent aux cités du Nord, on rappellera que nombreuses sont celles, malgré en particulier les deux conflits mondiaux, à posséder une personnalité attachante… Un beffroi pour symbole des libertés communales acquises durant l'époque médiévale, point d'accroche verticale, des maisons à pignon… et lorsqu'elle n'a pas été démantelée pour favoriser l'expansion économique et démographique une ceinture de remparts ponctuée de tours cylindrinques… Si Bergues a perdu son beffroi, dynamité en 1944, sa parure de briques couleur sable fait mentir les mauvaises langues clamant que la palette chromatique des cités nordistes se décline en sombre… Bergues possède d'ailleurs quelques particularités dignes d'intérêt : son parcellaire d'abord puisque c'est autour de deux noyaux que la ville est née puis s'est développée. Cité bipolaire, dont les photos aériennes mettent en évidence un étonnant plan en huit, entre pouvoir féodal et religieux, Bergues conservent également une ceinture de fortifications associant courtines médiévales et bastions modernes, ceinture définissant encore largement la silhouette bâtie de cette petite cité flamande qui doit à une ordonnance du duc de Bourgogne Philippe le Hardi de n'avoir jamais eu la possibilité de grandir. En effet, tout le territoire extra muros, au-delà des remparts, fut cédé en 1403 aux communes environnantes… Il faut dire que son histoire fut pour le moins tumultueuse, destin partagé avec les autres cités de ces terres de tous temps convoitées… C'est en 1558 que se déroula le siège le plus traumatisant : un incendie ne laissant indemne que dix-sept habitations. Plus tard, après le rattachement à la France en 1668, à l'issue d'un siège qui devait ouvrir trois siècles de paix, Vauban, pragmatique et soucieux d'économiser les deniers royaux, estima lors de l'une de ses inspections que la possibilité de mise en eau d'une partie des fossés autorisait à conserver une partie de l'enceinte médiévale, cette dernière n'étant modernisée que dans ses secteurs les plus vulnérables en particulier afin de verrouiiler solidement le système des inondations défensives de Dunkerque… Bergues peut se targuer donc, outre d'avoir servi de décor à un film à succès, de constituer un remarquable exemple de l'évolution ininterrompue du XIVe au XIXe siècle d'une enceinte urbaine au profil très tôt fossilisé, corset de muraiiles qu'elle peut s'enorgueilir d'avoir largement conservé… en particulier ses remarquables ouvrages hydrauliques, instrument de défense indispensable et incontournable en l'absence de relief, qui assuraient la valeur défensive de la place à l'intersection de cinq voies d'eau. Il faut donc effectivement faire le voyage de Bergues… Mais comme en toute chose, sens déployés et esprit de curiosité en action… C'est alors que la véritable révélation opèrera… Car le mérite du film de Dany Boon est bien de faire tomber quelques bastions de lieux communs… Comme quoi le cinéma peut parfois avoir des effects secondaires inattendus… et salvateurs !
NB : les puristes ne m'en tiendront, je l'espère, pas rigueur… La photographie illustrant ces quelques réflexions évoque les remparts de Le Quesnoy et non pas de Bergues… Moi aussi, il va falloir que j'effectue le voyage de Bergues…
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04.03.2008
Chasseurs d'images
Un lapereau surpris en flagrant délit de nonchalance, semblant baîller aux corneilles, un hérisson adoptant pour domicile improvisé une vieille godasse, un flamant rose s'étirant en ombre chinoise sur un ciel d'azur… Spectacle dépaysant, émouvant à… Saint-Jean-de-Losne ce premier week-end de mars 2008. Car si j'en avais déjà l'intime conviction, ce deuxième salon de la photo animalière organisé aux portes de Dijon m'a renforcé dans certaines de mes convictions. L'espace de quelques heures, j'ai en effet pu côtoyé des passionnés désintéressés, empreints d'une humilité rassurante, désireux de partager. Manifestement, le photographe animalier constitue une espèce à part, loin des égos exacerbés de la profession et des flashs insipides de ceux pour qui appareil photo rime avec avec rentabilité et artiste autoproclamé. La quête est loin de la superficialité de la Croisette et de son tintamarre navrant… Surtout, le photographe animalier semble majoritairement fuir l'esprit de lucre. Etonnant ? Remy Courseaux auquel je m'étais permis d'émettre l'hypothèse qu'il puisse être professionnel, vivre de ses images, me répondit que cela lui semblait inconcevable, la démarche, les contraintes engendrées, le plaisir ressenti devenant autre… Face à mon émerveillement d'éternel gamin, chacun m'a raconté ses secrets… Si comme tout amateur d'images fixes, le photographe animalier se doit évidemment de maîtriser quelques indispensables paramètres techniques, les qualités spécifiques que requiert la pratique relèvent du bon sens, de celles qui font l'honnête homme… La curiosité d'abord, le sens de l'observation ensuite, la patience évidemment, la persérance constante (oh, là c'est pas très dans l'air du temps tout ça…). Surtout, chaque cliché, chaque atmosphère fixée sur le capteur, et encore pour quelques derniers des mohicans sur la pellicule, constitue une histoire en soi. Parfois une attente de plusieurs mois à multiplier les stratagèmes pour réussir à se fondre dans le décor… Là seulement le renardeau daignera pointer son museau à distance acceptable. Car cela fait bien longtemps que les animaux ont appris à identifier l'homme comme un potentiel danger… On les comprendra alors que partout sur la planète l'homo consumeris semble avoir oublié qu'il est avec insectes, poissons et autres mammifères un maillon de la vie sur terre… Animal emblématique de cette sauvagerie de nos semblables, le tigre de Sibérie, félin majestueux, ne cesse de voir ses effectifs fondre comme neige au soleil… Ils seraient "encore" 400 à l'état sauvage… Les braconniers de tous poils en font une cible de choix, véritable eldorado pour criminel : sur le marché noir, sa peau peut se négocier 100 000 euros… trophée rare et d'un goût exquis tandis que la pharmacopée chinoise fait large commerce de griffes de tigre de Sibérie aux vertus… aphrodisiaques ! Logique donc que toute silhouette humaine en position debout incite à la plus grande méfiance. Ainsi selon les régions et tracas subis de mémoire d'animal, celui-ci se montre plus ou mois… "sauvage". En Ecosse, le macareux-moine confiant se laisse approcher à quelques dizaines cde centimètres. Le rêve pour immortaliser la bouille chamarrée de ce craquant volatile… Ne pas croire toutefois qu'il faille partir au bout du monde afin de pratiquer la photo animalière… Simplement redoubler d'ingéniosité ! Ramper plutôt que marcher, construire un affût flottant permettant d'approcher le héron bihoreau (étonné de la présence de ce nouvel élément dans le décor, il ne fera pourtant pas le lien avec l'homme… invisible), il faut, si ce n'est regagner la confiance de la bête, tout du mois que l'homme se fasse oublier. Belle leçon de modestie ! Et puis, parfois, le hasard sourit aux patients. Une biche en bord de champ acceptant de prendre la pose, la silhouette d'un sanglier se découpant dans le couchant au travers d'une trouée forestière… Intense plaisir qu'il faut être prompt à immortaliser. On l'aura compris réussir une photo animalière exige sans doute un peu de chance mais d'abord d'être capable de provoquer les hasards, d'imaginer que tel endroit conviendrait parfaitement au portrait de maître Goupil. Ensuite… Les animaux, comme autant d'acteurs plus ou moins capricieux, seront ou pas au rendez-vous. Le photographe doit pour sa part anticiper la scène, appréhender une belle lumière, déterminer ce cadrage, bref réunir les ingrédients qui feront la belle image… si la rencontre a lieu…
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21.02.2008
Nomeny, château lorrain
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