06.11.2007

Photographes de tous les pays…

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Un raz de marée technologique… Que dis-je, une révolution dont personne n'avait perçu ni prédit, mais n'est-ce pas d'ailleurs le propre de toute révolution qu'elle soit culturelle, politique ou technique, la fulgurance et l'ampleur. En l'espace de seulement quelques années, la photographie d'argentique est devenue numérique. Ou quasiment, donnant aux zélateurs de la pellicule la dimension de doux nostalgiques d'une époque définitivement révolue… Le phénomène rappelle étrangement l'émergence du CD au début des années 80. Là aussi les arguments en faveur de la galette irisée étaient, sauf à vouloir jouer les éternels grincheux, irréfutables, implacables. Or, un quart de siècle plus tard, le vynil n'est pas mort, mieux le marché de la platine haut de gamme se porte à merveille… Pure folie, snobisme ? Nullement. Car le marketing a eu beau faire son travail de sape, tenter de nous prouver slogans percutants à l'appui que l'avenir avec le CD serait radieux, il faut se rendre à l'évidence : Cd et disque vynil sont suffisamment différents pour avoir leurs qualités et défauts propres et donc leurs partisans respectifs. L'affrontement a cédé la place à la cohabitation. Pour l'heure, nul ne peut raisonnablement prédire si l'histoire va se répéter. Car, ce n'est pas tant le changement qui fait des ravages que sa brutalité. Et dans l'industrie de la photo, les dégâts ont été spectaculaires… Contax, Minolta (l'inventeur de l'autofocus…) ont jeté l'éponge, Kodak lui-même souffre. il n'est pas jusque Leica, icône s'il en est du monde de la photo, qui a failli disparaître. Mais au-delà de ces conjectures, la question fondamentale est sans doute ailleurs… La révolution numérique a-t-elle su ne pas trahir ses idéaux (cas peu fréquent…) et rime-t-elle vraiment avec progrès. Une chose est sûre la course technologique exacerbée aux pixels (Qui oserait sérieusement avouer aujourd'hui qu'il ose travailler avec un reflex numérique de "seulement" 6 millions de pixels !) a fait passer le monde de la photo de la mécanique à l'électronique, obsolence quasi instantanée assurée… Et perte de repères… J'ai encore à l'esprit le regard affligé et incrédule d'un passant qui me demandant l'heure, s'exclama soudainement : "Mais votre Canon (un reflex eos 5d) ne donne pas l'heure !" Je suis resté bouche bée… On en oublierait presque que pour l'heure il reste derrière l'objectif un être humain (A quand un assistant pour nous indiquer le meilleur angle ?). A bien y regarder, les valeurs véhiculées ressemblent étrangement à celles martelées à tout bout de champ par une société de consommation qui ne nous veut par essence que du bien… Facilité d'utilisation, flexibilité, partage des images, assistance électronique, droit à l'erreur… qui peut rapidement rimer avec droit à l'horreur. Sans avoir la prétention de me proclamer photographe, d'autant plus que je me livre à cette activité assidûment depuis seulement 5 ans… et avec un appareil numérique, je ne cesse d'être stupéfait en observant le comportement du photographe numérique lambda… Déclenchant à tout-va, martelant à vive voix que de toute façon l'ordinateur fera le reste, c'est l'appareil tendu deux mètres au-dessus de la tête qu'il déclenche frénétiquement… Hasard et chance nécessaires pour espérer un résultat correct… Avec pour conséquence directe, le risque, en agissant ainsi sans discernement ni démarche réfléchie, d'une accumulation rapide d'images sur le disque dur de l'ordinateur sitôt faites, sitôt oubliées… En réalité, le numérique en voulant nous faciliter la vie, nous fait perdre le goût de l'effort, de la réflexion, de l'observation, ce temps qui constituera la valeur ajoutée différenciant une image fade et insipide hormis pour celui l'ayant prise (?) et une photo équilibrée, véhiculant sentiments et déclenchant impressions. A quoi bon peaufiner cadrage et exposition alors que le post-traitement est censé rattraper nos erreurs… ou notre paresse. A se demander si une fois de plus, on ne nous aurait pas menti… Sans doute pas car après tout, l'échec des révolutions, l'oubli et la trahison des idéaux, ne sont-ils pas simplement la conséquence des faiblesses humaines ? D'une certaine manière, pour être pleinement apprécié, le numérique mérite d'être consommé avec modération… Encore une fois, au-delà de l'outil, c'est bien la manière de l'utiliser qui permet d'en tirer le meilleur parti et de lui donner sens… Pour ce qui me concerne, cela m'autorise parfois certaines fantaisies, une cathédrale de Laon troublante, que je n'aurai sans doute pas oser fixer sur la pellicule… tandis que d'autres continuent de vivre intensément dans l'obscurité d'une petite pièce la magie révélant la beauté et l'intemporalité d'un cliché dont l'argentique est seul à pouvoir restituer textures, grains et cette profondeur des contrastes tendant à l'onirisme…
 
 
 

31.10.2007

A l'assaut des idées reçues

   

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Et si les fortifications pouvaient constituer un outil grandeur nature de réinsertion sociale, de réappropriation de leur cité par ses habitants, un élément urbanistique fondamental et cesser d'être vastes friches abandonnées et carcan de briques et de grès étouffant… Cette réflexion ambitieuse, c'est celle qui a été initié sur le terrain des villes fortifiés du Nord-Pas-de-Calais au début des années 1980… Oui, vous savez ces terres hostiles au-delà de toute civilisation où le soleil a depuis longtemps renoncé à lutter contre de louds nuages omniprésents, de sombres terrils marquant les horizons là où ailleurs ce rôle est tenu par de charmantes et bucoliques églises romanes… Car c'est bien connu, le Hainaut, les Flandres, l'Avesnois peut-être même, sans autre forme de procès, ne sont que friches industrielles depuis le premier jour de la Création… J'ai bien tenté de ramener à la raison quelques Bourguignons (le Bourguignon, le vrai !, lui vit dans un mythe enivrant où se cotoye dans un joyeux fatras, Philippe le Hardi, les hospices de Beaune et la certitude, que dis-je le postulat irréfragable, de produire les meilleurs vins du monde…)… avec un succès je l'avoue assez limité… D'une certaine manière, c'est tant mieux… Comme j'ai eu, il y a quelques mois, l'opportunité de l'expliquer à un éditeur bourguignon ne pouvant retenir sa stupeur face à une révélation aussi violente  ("Mais tu vas faire quoi là-bas" sur un ton confinant tout à la fois à la pitié et à l'ironie) lorque j'ai osé lui avouer prendre le risque (vous vous rendez compte en plein mois d'août, c'est de la folie !) de passer une semaine entre Ardennes et Boulonnais, cette image de marque me met mathématiquement dans la probabilité, voyons le côté positif de la chose, de croiser moins de touristes déb…, disons de profiter plus sereinement des lieux. C'est promis désormais je cesse crier sur tous les toits que la cathédrale de Laon constitue un modèle d'équilibre gothique et que Montreuil-sur-Mer n'a pas à rougir face à Carcassonne… Il ne manquerait plus que je devienne persuasif et que les Bourgugnons comprennent soudain que la capitale de leur duché était au moins tout autant Lille (alors, le Banquet du faisan en 1454, c'était où ? A Dijon ?) que Dijon ! Toujours est-il que pour ce qui concerne le patrimoine fortifié, la région Nord-Pas-de-Calais a joué les précurseurs… L'équation était relativement simple : que faire de ces espaces considérables, sorte de no man's land indéfini à la périphérie du cœur urbain. Les mettre en valeur pardi ! A coups de chantiers-écoles, les courtines et bastions du Quesnoy se sont extirpés de la gangue de végétation qui les étouffait… La tâche est immense mais le miracle a opéré… Les villes du Septentrion y ont à la fois trouvé attractivité touristique, élément fédérant de leur urbanisme et symbole fort de la cohésion régionale… Je ne suis pas certain que la Bourgogne puisse se targuer de posséder de Sens à Mâcon et de Nevers à Dijon un lien architectural aussi puissant lui permettant non plus de défendre mais d'affirmer son identité… L'Histoire est parfois cruelle.   
 
 
 
 
 

25.10.2007

Gardien du temple…

 

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Tricentenaire de la mort de Sébastien Le Prestre oblige, célèbre ingénieur militaire au point, mais n'en est-il pas ainsi dans tous les domaines, d'éclipser ses prédécesseurs, ses contemporains voire même ses successeurs, mieux connu sous le nom de Vauban, il était quasiment naturel pour moi d'inaugurer ce blog par l'évocation de l'œuvre architectural hors de proportion que nous a légué cet inlassable bâtisseur sur les frontières de l'Hexagone comme autant d'étoiles de pierre déployant toujours leurs bastions et leurs courtines pour mieux délimiter trois siècles plus tard les frontières de la France du Roi-Soleil. Placide, m'offrant son meilleur profil, ce héron lillois pouvait-il imaginer il y a encore quelques jours qu'il passerait à la postérité ? En tout cas, il nous fournit la preuve éclatante que les ensembles fortifiés ne sont en vérité pas, ou plus en tout cas, des espaces dédiés uniquement à la guerre… Plus que tout autre ce patrimoine devait pour survivre réussir sa reconversion… Réussir à quitter l'état de guerre, de siège, raison même de sa création et de sa conception, pour s'adapter à la paix, se faire accepter pour autre chose. Car en architecture qu'il y a-t-il de plus inutile une fois devenu obsolète ou inadapté à son temps qu'une fortification au sens large, château fort médiéval ou citadelle bastionnée…